À LA RECHERCHE DU TEMPS DE TRAVAIL PERDU

L’historien Paul Bairoch a observé que depuis 1700 dans les économies les plus matures, une personne qui travaille nourrit une personne qui ne travaille pas. C’était encore le cas en France en 1901 comme le montrent les données du recensement. Ce n’est déjà plus le cas en 1950. Aujourd’hui, avec 38,5% de la population qui travaille, une personne qui travaille en France nourrit plus d’une personne et demie (i61,5/38,5). 

C’est une singularité qui distingue le pays de toutes les économies comparables (48,5% au RU, 49,3% en Allemagne, 49,5% en Suède, etc..).

Supposer une forte productivité nationale, largement fantasmée, n’expliquerait rien. Le pianiste d’un orchestre peut parfois remplacer le premier violon, mais pas à chaque concert et pas sur toutes partitions quand les deux musiciens sont nécessaires. Il est d’ailleurs difficile d’identifier de pays durablement plus productif que ses pairs dans la mesure où leurs différences de structures ont toujours tendance à s’atténuer.

L’explosion du chômage dans tous les pays touchés par la pandémie pourrait laisser croire à un problème partout de même nature. Mais pour parodier Warren Buffet, c’est quand la mer monte que les différences disparaissent. L’enjeu pour la France réside moins dans la réduction du chômage qu’à celle de sa singularité sur le travail.